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December, 2006 BANLIEUES FRANCAISES? GHETTOS AMERICAINS? QUELLES DIFFERENCES ?Taille, criminalité, composition ethnique... Pour le sociologue Loïc Wacquant, une "cité" de chez nous est très différente d'un ghetto d'outre Atlantique.
Peut-on comparer les banlieues françaises aux ghettos noirs américains ? Peut-on assimiler les émeutes de l'automne 2005 aux insurrections de Los Angeles en 1992 ?
"Non" répond le sociologue Loïc Wacquant dans son dernier ouvrage "Parias urbains. Ghetto-banlieues-Etat", paru aux éditions La Découverte. Pour avoir travaillé des deux côtés de l'Atlantique - à la Courneuve en Seine-Saint-Denis, en France, et dans le south Side, le plus grand ghetto de Chicago, aux Etats-Unis, ce disciple de Pierre Bordieu (philosophe et sociologue) ne manque pas d'arguments pour tordre le cou des idées reçues.
"Depuis quinze ans maintenant, on nous répète que les banlieues populaires se ghettoïsent" sur le modèle américain (...), explique le professeur de sociologie à l'université de Berkeley en Californie et chercheur au Centre de sociologie européenne à Paris. Ce discours traduit une double ignorance : ce qu'est le ghetto américain et l'évolution des banlieues ouvrières françaises." Rien ne résiste à la démonstration. Quantitativement déjà, aucune cité en France n'atteint le dixième de la taille des grands ghettos américains. La criminalité n'y est pas comparable : dans les ghettos américains, il y a 100 assassinats par an pour 100.000 habitants, dix fois plus qu'en Europe.
La différence fondamentale est d'ordre racial : " Le ghetto américain est uniformément noir. Les banlieues françaises sont diverses dans leur composition ethnique." En Europe, les banlieues sont ethniquement hétérogènes, ce qui n'empêche pas les frictions entre nationalités, reconnaît le chercheur. Ce n'est donc pas la race qui est le critère unique de relégation, mais l'économie. En revanche, aux Etats-Unis, le ghetto est "un instrument d'enfermement sociospacial", note Loïc Wacquant. Il contient exclusivement des Noirs et s'impose à tous, riches ou pauvres. Véritable société parallèle, il fonctionne en vase clos. L'installation de commerces spécifiques, la création d'officines de crédit uniquement destinées aux habitants, d'églises, de médias, d'associations d'entraide, d'organisations politiques propres ajoutent à l'enfermement.
Enfin, aux Etats-Unis, l'Etat a déserté les zones les plus déshéritées. A sa place, une économie souterraine, basée sur la drogue, régie par des gangs, impose sa loi.
En France, le mouvement est inverse : les frontières des cités sont poreuses, et les échanges avec le reste de la ville,nombreux. L'Etat, par le biais des services publics et sociaux, reste présent, même s'il ne répond pas correctement à toutes les demandes de populations. Et Loïc Wacquantde conclure, non sans provocation, que pour toutes ces raisons, les cités déshéritées de la périphérie urbaine française peuvent apparaître comme des antighettos. TrackbacksThe trackback URL for this entry is: http://antonenzo.spaces.live.com/blog/cns!591EA83ABCA2A6AA!1724.trak Weblogs that reference this entry
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